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Les métiers

15/10/2008 - Lu 3689 fois
Malgré les projets et programmes d’appui à la filière textile artisanale, quelques insuffisances demeurent

La filature manuelle

Au Burkina Faso la filature manuelle du coton est une activité exclusivement féminine. Les femmes filent à partir du coton graine ou du coton égrené à l’aide d’une quenouille faite de tige de bois portant au bout une masse de pierre ronde. Les procédés et outillages utilisés pour la filature manuelle n’ont pas connu d’évolution notable. L’activité est aujourd’hui en perte de vitesse du fait de la présence du fil industriel sur le marché et du peu d’attrait qu’elle exerce sur les jeunes filles qui la perçoivent comme l’apanage de femmes âgées.

La teinture

Le fil écru et teint provenait essentiellement de FASOFANI et de la Côte d’Ivoire. La pratique de la teinture artisanale du fil s’est répandue suite aux difficultés d’approvisionnement survenues après la fermeture de cette usine et la crise ivoirienne qui avait conduit à la fermeture des frontières avec la Côte d’Ivoire. FILSAH ne fournissant que le fil écru, la teinture du fil permet aux tisseuses d’obtenir un panel varié de teintes et nuances avec les colorants et produits chimiques achetés le plus souvent auprès de teinturiers de basin guinéens. Les autres sources d’approvisionnement sont les sociétés COPROCHIM (Consortium des Produits Chimiques) et UNITEX.

Le procédé de teinture du fil était cependant peu maîtrisé, le problème essentiel restant le dégorgement du fil teint. Avant le lancement du projet textile ONUDI certaines structures d’appui avaient commencé à renforcer les capacités des praticiennes de la teinture en faisant appel à des ex-agents de FASOFANI. Ces derniers ont constitué une passerelle entre les techniques industrielles et les procédés artisanaux. Ce transfert de procédés de l’industrie à l’artisanat a posé les bases de l’amélioration des procédés artisanaux de teinture du fil que le projet ONUDI a renforcé et diffusé par la suite.

Hormis la question de la maîtrise des procédés, la teinture artisanale pose de problèmes sanitaires et environnementaux graves :
• La mauvaise qualité de certaines teintures qui contiennent des composantes allergéniques et cancérigènes,
• Le manque de référence des teintures qui sont de provenances diverses. Sans ces références les artisans arrivent difficilement à retrouver les mêmes couleurs auprès des fournisseurs d’où la difficulté à assurer la reproductibilité des nuances même quand les procédés sont bien maîtrisés
• La non-disponibilité des cuves en acier inoxydable : les produits chimiques étant corrosifs, les matériels en métal simple sont vite usés.
• Les risques sanitaires et environnementaux liés à la manipulation sans précautions suffisantes de produits chimiques dangereux et le déversement des eaux usées dans la nature ou dans des puits non étanches susceptibles de contaminer les nappes phréatiques.

Le tissage

Le tissage est traditionnellement une activité pratiquée par les hommes. Les métiers traditionnels sont confectionnés par les tisserands eux-mêmes à partir de branches d’arbres. Ces métiers traditionnels en bois produisent des bandes de cotonnade de 10 à 15 cm de largeur qui sont assemblées à la main pour confectionner des pagnes, des couvertures et diverses tenues. Les tisserands traditionnels travaillent dans la plupart des cas avec du fil filé main.

Des métiers métalliques modernes ont été introduits par des missionnaires qui ont initié des femmes à l’activité de tissage. Ces métiers à deux pédales permettent de produire des bandes de 30 à 40 cm de large. La productivité est inférieure à un pagne par jour, le pagne représentant 4 bandes de 30 cm ou 3 bandes de 40 cm de 1,8m de long. Les bandes sont assemblées pour constituer le pagne.

Le pagne tissé a connu une forte promotion pendant la révolution (1983-87). Durant cette période le port de tenues en cotonnade a été imposé par le gouvernement aux travailleurs du public et du privé. Cette politique volontariste a favorisé la hausse de la demande des produits tissés et l’entrée de milliers de femmes dans le tissage notamment à Ouagadougou et certains centres secondaires du pays (Koudougou, Fada, etc.).

Les contraintes majeures que rencontrent les tisseuses sont :
• La pénibilité de l’étape de préparation: Les femmes parcourent des dizaines de kilomètres pour réaliser la chaîne de fils qui est par la suite montée sur le métier pour le tissage.
• Le dysfonctionnement de l’ensouple du petit métier : Les tisseuses généralement tissent dans la cour sous un hangar où elles tendent la chaîne sur plusieurs mètres.
Elles sont contraintes de suspendre leur activité en période hivernale, ne pouvant plus tisser dans la cour.
• Certains métiers métalliques sont dotés d’ensouples qui servent à enrouler la chaîne. Cet accessoire qui évite de devoir tendre la chaîne n’est cependant pas utilisée du fait qu’il n’imprime pas une tension suffisante à la chaîne pour assurer la qualité du tissage.
• La limitation de la contexture. Les petits métiers ne produisent que du tissu toile « plat ». Les motifs sont également limités et dominés par les rayures. Les tisseuses et tisserands expérimentés parviennent à élaborer des dessins dans le sens de la trame.

En 1993 une coopérative de tissage a Ouagadougou, UAP Godé, a bénéficié d’un don du gouvernement indien de métiers de grande largeur munis de 4 pédales. Ces métiers permettent de résoudre certains des problèmes sus-mentionnées et d’obtenir des tissus de 120 cm. Cependant, à l’époque l’introduction des métiers indiens était restée peu concluante et ce n’est que le projet ONUDI qui s’est penché de façon systématique sur les questions de formation, de fabrication locale et de diffusion.

La confection

Le secteur de la confection fait preuve d’un regain de dynamisme cette dernière décennie.
Cette évolution est favorisée par :
• le retour d’un grand nombre de stylistes couturiers burkinabé suite à la crise en Côte d’Ivoire,
• la multiplication des écoles professionnelles de couture,
• l’attrait grandissant qu’exerce ce métier sur les jeunes au regard de la réussite socioprofessionnelle de nombreux couturiers,
• la baisse du prix des tissus et pagnes sur le marché.

Ouagadougou demeure le plus grand centre de concentration des ateliers de couture avec plusieurs centaines d’ateliers répartis dans toute la ville.
 

Source:Rapport du Projet US/BKF/01/189
Développement de la transformation industrielle et artisanale du coton
ONUDI 2006

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